L’islam autonome et l’islam héréditaire: Lequel éveille les communautés?


Par l’illustre érudit ‘Abd El Hamîd Ibn Badis. Traduit de l’arabe par Aboû Fahîma Abd Ar-Rahmên El Bidjê’î. Publié par le Markaz Al-Jama’a dans Articles.

document-dossier-g388-orange-papier-icone-6665-128Au Nom d’Allâh, Le Tout-Miséricordieux, Le Très-Miséricordieux

Quand l’individu nait de deux parents musulmans, il sera considéré musulman. Il devient jeune, puis homme et puis vieux; et on le comptera toujours du nombre des musulmans. Des expressions propres à l’islam se prononceront par sa langue et émergeront dans son cœur. Ses organes accompliront aussi des adorations et des œuvres islamiques. Quitter la vie lui vaudra beaucoup moins que de quitter l’islam. Si tu oses l’affilier à une religion autre que l’islam, tu le verras tirer vengeance de toi ou te battre! Or, cet individu, il n’a jamais appris un jour quoi que ce soit sur l’islam. Il n’a non plus point connu de ses fondements, tant en matière de croyances, de moralités, d’éthiques ou d’œuvres. Il n’a aussi rien acquis au sujet des sens du glorieux Qour’ên, ni des hadiths du noble Prophète -prière et salut d’Allâh sur lui-. Cet individu est un musulman confessant un islam héréditaire. Car il l’a reçu de sa famille tel qu’il y a trouvé. Et, par le caractère inexorable de l’hérédité, il ne saurait faire autrement que de l’avoir reçu avec toutes ses composantes qu’on y a introduites alors qu’elles n’en font pas partie. Il s’agit des fausses croyances, des œuvres nocives et des mauvaises habitudes. Pour lui, l’islam n’est rien d’autre que tout cela. À ses yeux, quiconque ne serait pas entièrement d’accord avec lui, ne ferait alors pas partie des musulmans.

C’est cela l’islam héréditaire! C’est un islam d’imitation, que l’on prend sans méditation ni réflexion. Les enfants ne font que suivre les traces de leurs pères. Ainsi, l’amour que ces gens ont pour l’islam n’est en fait qu’un amour purement émotionnel, dicté par les sentiments et la conscience.

Cet islam héréditaire est celui de la plupart de la masse de toutes les communautés musulmanes. C’est pourquoi vis-à-vis des hérésies, confessionnelles et  pratiques, qu’elles ont introduites en islam, et, à l’inverse, face à l’abandon de ses moralités et ses règles d’éthique, tu apercevras ces communautés s’y attacher très fermement, elles n’en voudront aucun substitut, quitte à être atteintes, du fait de cet attachement, de n’importe quelle épreuve et avanie de la part de leurs adversaires.

Cet islam héréditaire a pu préserver aux faibles communautés qui y tiennent- notamment les arabes d’entre elles- leur personnalité, leur langue et beaucoup de leurs moralités dont elles tirent profit quand on les compare à d’autres communautés. Parmi ces moralités, il y a tout justement la chasteté et la pureté. Celles-ci ont gardé à ces communautés leur postérité que l’on voit augmenter continuellement au moment où d’autres, non musulmanes, se plaignent de la diminution de la leur. À ce titre, le peuple algérien, par exemple, augmente chaque année de cent trente deux mille personnes, et le peuple tunisien augmente de cinquante mille personnes par an1, tandis que certains peuples non musulmans stoppent les naissances et craignent la décroissance! Cela malgré l’attention qu’en ont les seconds et l’insouciance dont souffrent les premiers.

Néanmoins, cet islam héréditaire ne pourrait éveiller les communautés. Car celles-ci ne pourront s’éveiller qu’après avoir attisé leurs idées et épuré leurs vues. Or l’islam héréditaire est fondé sur l’inaction et l’imitation. Il ne sous-entend ni réflexion ni méditation.2

Quant à l’islam autonome, c’est l’islam de celui qui comprend ses bases, et connaît ses belles composantes dans ses croyances, dans ses moralités, dans ses règles d’éthique, dans ses jugements et dans ses œuvres. C’est l’islam de celui qui étudie, autant que faire se peut, les versets du Qour’ên et les hadiths prophétiques, et fonde tout cela sur la réflexion et la méditation. Ce qui est à même de lui permettre de distinguer entre ce qui fait réellement partie de l’islam, de par sa beauté et ses preuves, et ce qui n’en fait pas partie, de par sa laideur et sa fausseté. La vie d’un tel musulman est une vie de réflexion, de foi, et de pratique. Son amour pour l’islam est un amour rationnel et cordial, dicté par la raison et la preuve comme il l’est aussi par le fait des sentiments et de la conscience.

C’est effectivement cet islam autonome qu’Allâh nous a intimé d’adopter tel que dans Sa Parole -Très-Haut soit-Il- {Dis: « Je vous incite à faire une seule chose: que vous vous dressiez pour l’obéissance d’Allâh deux par deux et un par un et que vous réfléchissiez}3 Saba’ (Saba), v. 46. En effet, c’est par la méditation des versets d’Allâh et de Ses signes cosmiques; et par le fait de fonder les paroles, les actes et les jugements sur la réflexion que les communautés s’éveilleront. Elles investiront ainsi ce qu’il y a dans le ciel et la terre, et construiront les édifices de la civilisation et de la prospérité.

Donc, nous les musulmans, il nous est religieusement demandé d’adopter un islam autonome. Mais par quel moyen parviendrons-nous à accomplir ce devoir?

Il y a uniquement un seul moyen: c’est l’enseignement. Le musulman ne pourrait être musulman  jusqu’à ce qu’il apprenne l’islam. Les musulmans, seuls et en groupes, sont responsables d’apprendre et d’enseigner l’islam aux garçons et aux filles, aux hommes et aux femmes, tout un chacun selon ses possibilités. Et le peu qu’il en soit, son bienfait y profitera abondamment {Et Nous avons effectivement facilité le Qour’ên pour le réciter et le mémoriser, y a-t-il donc quelqu’un pour en tirer leçon?!}3 El Qamar (La Lune), v. 17.

Source: Les œuvres d’Ibn Badis, tome 3, pp. 227-229.


1 Ndt. Rappelons, pour la bonne méditation des lecteurs, qu’il s’agissait de l’époque d’Ibn Badis (mort le 16 avril 1940), où campait, avec des tentatives de pérennisation incessantes, en Algérie et en Tunisie, la barbare France coloniale.

2 Ndt. Cela confirme la nécessité pressante et expresse d’apprendre notre religion, d’étudier l’islam. Nos frères et sœurs lecteurs, particulièrement ceux qui vivent en Occident: espace amplement ouvert à l’ignorance religieuse, à l’islam héréditaire, sont fortement conviés à rechercher la science et connaître ce que leur Créateur exige d’eux.

3 Ndt. La traduction de ces versets explorent les équivalents dynamiques. Elle est basée sur les trois exégèses: el Djalêleyn, As-Sè’dî et At-Tefsîr el Mouyassèr, ainsi que sur la traduction de Hamidullah et de Ould Bah.


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